Chemins de Pâques
Deux mois se sont
écoulés depuis le dernier numéro de notre bulletin : chemins de joie et de peine
se sont entrecroisés, évènements bousculant notre quotidien mais ravivant en ce
temps pascal notre foi et notre Espérance. Nous avons repris à présent un bon
« rythme de croisière » avec le retour de nos sœurs de Taybeh. Après 5 ans de
présence à Taybeh, la Congrégation face aux besoins du Home a pris la décision
de quitter Beit Afram pour renforcer la Communauté de Jérusalem. Depuis le
Samedi Saint c’est une communauté nouvelle fondée au Mexique « La divine
Volonté » qui a pris le relais et qui assure les soins et l ‘animation de cette
petite maison de 17 lits. Nous rendons grâce au Seigneur pour tout ce que nous y
avons vécu et pour les liens tissés avec les habitants de Taybeh. Les occasions
ne manqueront d’aller à Taybeh et de continuer ainsi à vivre en solidarité avec
ce village si attachant.
Nous avons eu la joie d’accueillir plusieurs groupes :
*Début Mars, un petit groupe de la Lieutenance d’Allemagne est venu nous visiter pour connaître les besoins de la Maison.
Le 2 Mars, P. Gérard Billon, Directeur de Cahiers Évangile et un groupe de 26 pèlerins ont déjeuné au Home. Nous avions rencontré le Père Billon grâce à René Gastineau qui lui avait fait connaître notre maison quelques mois auparavant.
* Le 8 Mars, le Père Jacques Lamy-Perret du Diocèse de Marseille a célébré l’Eucharistie avec un groupe de 54 pèlerins comme il le fait si régulièrement depuis très longtemps. Nous les remercions pour leur fidélité et leur générosité manifestée à cette occasion.
* A la mi Mars, des Chevaliers du Saint Sépulcre de la Hollande ont pris un repas et rencontrer les sœurs et les personnes âgées.
* Le 14 Avril, Mr Constantin Lianos, Chevalier du St Sépulcre de France accompagnait un groupe du sud Est de la France avec autant de Kg de médicaments que de pèlerins. C’est ce qu’ils appellent « le Kg du pèlerin ».
* Le 16 Avril, ce sont à nouveau des Chevaliers du St Sépulcre de France qui nous ont visités nous apportant également quantité des médicaments bien utiles pour nos personnes âgées.
*Sœur Catherine Aressy, sœur de Sr François Xavier est venu prêter main forte à la Communauté pendant l’absence de Sr Marie Dominique. Ce fut pour elle et pour les sœurs trois semaines de bonheur dans la joie du partage.
*Une jeune américaine Mikayla, Sarah de Londres, Mme Jeanne Marcellin de Lyon et Quitterie de Poitiers ont composée l’équipe du mois d’Avril.
*Nous retrouverons
bientôt Jean Pierre et Rolande, nos infirmiers qui reviennent chaque année à la
même période en prévision de l’accueil et du suivi des élèves infirmiers de
Belgique.
La présence de nos
bénévoles interpelle toujours les pèlerins et c’est pourquoi certains d’entre
eux reprennent contact avec nous pour proposer leurs services. Les bénévoles
sont partie prenante dans l’accueil des pèlerins. Nous formons une grande
famille et chacun est apte à partager cette expérience forte auprès de ceux qui
découvrent notre charisme dans la Ville Sainte.
Vous connaissez notre
attachement à Sainte Philomène. La Providence, faisant toujours bien les choses,
nous a envoyés 2 bienfaiteurs palestiniens de Jérusalem, Jeannette et Johnny
Salhib. La statue a été réalisée par un sculpteur de Bethléem. Son transport à
Jérusalem a été une aventure car il a fallu passer plusieurs check points. Sr
François Xavier s’en souviendra : « Nous sommes passés par Beit-Jala, mais
malheureusement si la statue avait le droit de passer il n’en fut pas de même
pour moi qui, étant étrangère, ne pouvait pas passer par ce check point. Nous
fûmes contraints de faire demi tour et à passer par une autre route, ce qui nous
obligea aussi à faire un grand détour par Ain Karem. Cette aventure aura permis
à Ste Philomène de répandre ses grâces et en Palestine et en Israël. La
statue a été bénie par le Père Samandar le Dimanche 2 Mai après l’Eucharistie en
présence de nos pensionnaires.
Un petit rappel : « Sa fête avait été fixée au 11 août. En 1961, la Sacrée Congrégation des Rites a rayé cette fête du calendrier, supprimant ainsi l'Office propre avec Messe décrété le 11 janvier 1855 par le Pape Pie IX. Cela veut dire que sa fête ne figure plus au calendrier universel car il n’y pas une certitude historique attestant qu’elle est une sainte du paradis mais il n’y rien qui prouve le contraire. On peut toujours l’honorer en privé et demander son intercession ». Mgr William Shomali
Témoignages
Des mains ouvertes
Les résidents et les religieuses du Home nous ont accompagnés avec une grande gentillesse pendant cinq semaines du 24 février au 6 avril 2010.
Nous connaissions un peu la Terre Sainte pour y être venus en pèlerinage et pour avoir effectué un temps de bénévolat à la maison d’Abraham. Il s’agissait de notre premier séjour avec la communauté Notre Dame des Douleurs.
Trois raisons principales nous avaient conduits à Jérusalem : répondre à l’invitation de mère Marie Dominique, apporter un soutien à nos frères de Palestine, vivre ce temps de Carême sur ces lieux de la gloire, de la souffrance et de la résurrection du Christ.
Noëlla a eu le bonheur, avec les autres bénévoles, de partager la vie des résidents; Michel, outre quelques actions ponctuelles d’accompagnement, a participé sous la houlette de Mario, puis de André à des travaux de jardinage à la colline des oliviers et de peinture des barrières.
Nous avons tellement reçu chaque jour que le « service » quotidien est un vrai bonheur et un vrai plaisir. Nous voulons souligner aussi toutes les joies ressenties et les grâces obtenues : visite et prière en groupe de bénévoles au monastère de la Tentation à la mi-mars, célébrations des jeudi et vendredi saints avec les résidents, procession des Rameaux à Jérusalem, veillée à Gethsémani et marche jusqu’à St Pierre en Gallicante, nuit pascale avec les pères blancs de Ste Anne.
Au terme de ce séjour, un mot vient tout naturellement : MERCI.
Merci à la communauté Notre Dame des Douleurs pour l’invitation et l’accueil. Vous nous avez manifesté une attention et une sollicitude « maternelles » tout au long de ces semaines. Nous témoignons de votre dévouement et de votre action au profit des malades. Nous nous souviendrons aussi que le Carême, « ce n’est pas ce qui rentre mais ce qui sort ! ».
Merci aux résidents. Vous avez accepté nos faiblesses et souvent nos difficultés de compréhension ; vous nous avez confié vos souvenirs, vos soucis et vos joies ; vous nous avez toujours ouvert votre cœur et offert vos sourires. Que le Dieu de tendresse et de miséricorde vous accorde paix et réconfort ! Permettez-nous de vous dire cet extrait d’un texte rédigé pour la journée de la santé en France : « Des mains ouvertes te sont offertes : mains qui s’élèvent, mains qui élèvent, mains des médecins et des voisins qui prennent soin, mains du cœur, mains de frères et sœurs, et aussi main du Seigneur. »
Merci aux employés. D’emblée, vous nous avez accordé votre amitié et voulu nous intégrer sans restriction dans le cercle des accompagnants. Nous savons la souffrance de vos familles et de votre peuple. Nous avons apprécié toute l’aide que vous apportez aux résidents. Nous vous disons avec l’accent de chez nous : « CHUKRAN !» « ESSALAMOU ALAIKOUM! » « MA’A ESSALAMA ! »
Merci, Seigneur. Tu as permis ce séjour et tu nous as comblés de tes grâces. Tu es ressuscité ! Tu es vivant ! Alleluia !
Nous avons oublié les embûches du voyage aller (grève des pilotes de Lufthansa, grèves des raffineries de pétrole françaises, grève des aiguilleurs parisiens) et celles du retour (difficultés dues à la fête de Pessah, grève SNCF).
A bientôt ! « Grâce à
Dieu ! »
"Quand Soeur Marie Dominique m'a demandé d'écrire ces quelques lignes, je ne pensais pas que cela serait aussi compliqué. Je savais que j'aurais du mal à tout formuler car j'ai tellement vécu de chose à Jérusalem...Mais je ne pensais pas que ce serait à ce point.
Pourtant, nous en
avions parlé avec Noëlla...Nous nous étions demandé comment partager ce que
nous avions la chance de vivre et de recevoir ici, dans cette maison.
Notre conclusion: « Nous
ne le pourrons pas ». Il faut le vivre.
Vivre les échanges,
parfois silencieux avec les résidents. Les regards amicaux, les sourires
tellement réconfortants alors que l'on se retrouve à quelques trois mille
kilomètres de "chez soi" Vivre les rencontres parfois improbables mais tellement
enrichissantes. Vivre les chants d'Elena, les rires d'Alice, les compliments
sans bornes d'Albert, les embrassades de Malaké et la gentillesse sans fin
d'Aïda. Sans compter les riches explications de lieux saints par Amneh, la
musulmane, à la petite bénévole catholique aux racines juives... Vivre avec eux
dans les bons et les mauvais moments. Vivre les regards de Margaret, silencieuse
et tellement parlante...
Et vivre Jérusalem aussi. Mon rêve de petite fille.
![]()
Les bruits de la
Vieille Ville qui semblent incessants et qui me manquent tant depuis que je suis
en France. Vivre aux rythmes des Muezzins, des célébrations et du coq (même s'il
chante parfois trop souvent à notre goût...)
Et puis, comment
expliquer?
Les hommes en armes, les check-points, les bruits au loin qui nous rappellent que Jérusalem est trois fois Saintes mais de ce fait trop convoitée. Et qu'Israël est la terre de tous les prophètes mais pas une terre de paix.
Comment transmettre la
ferveur de ces lieux? Le Mur des Lamentations, le Saint Sépulcre, L'Esplanade,
Le Mont des Oliviers...Tous ces endroits où le Christ a posé ses pas mais où
l'on se bat encore.
Comment nommer cette atmosphère qui règne à Jérusalem? Et comment décrire ce mur et ces deux peuples qui, aux premiers abords n'en formeraient qu'un et qui sont pourtant si divisés? Comment expliquer ce que nos amis palestiniens qui nous ont si gentiment accueillis vivent au quotidien, sans pour autant stigmatisé.
Indéniablement il faut
le vivre. Tout comme il faut vivre les grâces que nous avons eu la chance de
recevoir avec mes amis bénévoles, pour comprendre à quel point la vie au Home et
à Jérusalem ne peut être ordinaire. ![]()
Et personnellement, je suis bien décidée à le vivre et le revivre et d'essayer de trouver les mots pour en témoigner ici, en France.
Je parlerais du mur, des armes, des conditions de vie des palestiniens.
Mais aussi de cette professeur de théâtre, juive, qui dépasse les frontières invisibles pour venir vers nous. Des frontières visibles et invisibles qu'il faut combattre.
Pour que les enfants
que j'ai eu la chance de rencontrer à Jérusalem, Nadia, Christina et les autres
aient la chance de vivre dans une Jérusalem de paix..."
Ils sont passés sur l’autre rive
* Lucy était arrivée le 23 Décembre 2006. Elle était arménienne. Elle nous a quittés le 11 Avril dernier après un court séjour à l’hôpital. Lucy aimait la compagnie. Chaque vendredi était jour de fête quand son fils venait la visiter. Elle repose désormais en Celui qu’elle priait chaque jour avec ferveur au cours de l’Eucharistie et du chapelet quotidien.
*Ibrahim Sayyad a passé deux mois chez nous avant de partir pour l’hôpital Augusta Victoria où il est décédé.
*La sœur de Sr Angèle, Najla, qu’elle n’aura pas pu revoir et qui connaissait bien la Ville Sainte pour être venue plusieurs fois au Home.
* Mr Georges Massat, de
l’Hospitalité de la Bigorre, qui est venu plusieurs fois comme pèlerin avec le
groupe de Tarbes et Lourdes et qui collectait des médicaments pour le Home. Que
Marie, Porte du Ciel, le conduise dans le Royaume de Son Fils; sa lumière
désormais sera l’Agneau.
Que le Seigneur soit béni pour l’aide de tous ces frères célestes et pour la protection des Saints Anges qu’Il a préposés à notre garde et avec qui nous vivrons dans l’unité en Lui pour toujours et que par Sa Miséricorde, les âmes des fidèles défunts reposent dans la paix. Nous pensons particulièrement à tous ceux que vous nous aviez confiés dans vos derniers courriers.
Intentions de prière
*Pour Mgr William
Shomali, actuel Chancelier du Patriarcat latin, qui recevra l’Ordination
épiscopale comme Evêque Auxiliaire le Jeudi 27 Mai à Bethléem à la Paroisse
Sainte Catherine à17H. Mgr Shomali est originaire de Beit Sahour. Il est le
cousin germain de Marie Atrash.
*Pour Sr Angèle. Elle vient de partir au Liban pour 4 semaines, accompagnée de Helmut. Ses neveux triplés feront leur communion durant son séjour. Sa confiance et son abandon dans le souci permanent de communiquer sa joie de croire, d’aimer et de faire rire malgré la maladie sont source de bénédictions pour tous ceux qui la côtoient. Elle vous remercie de votre amitié et de votre prière qui lui permet de vivre le moment présent dans la lumière de l’Espérance.
Dans son livre intitulé « Jésus », parlant de la route d'Emmaüs, Jean Guitton se demande quels textes de l'Ancien Testament le mystérieux personnage, qui avait rejoint Cléophas et ses compagnons, avait pu invoquer pour les sortir de leur déception et de leur découragement.
A t-il puisé, comme le font certains fondamentalistes, des citations isolées, des textes relatant des événements sans liens les uns avec les autres?
Laissons plutôt la parole à ce mystérieux personnage: « O hommes sans intelligence et lents de coeur à croire tout ce qu'ont dit les prophètes, ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire? En commençant par Moïse et continuant par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les écritures ce qui le concernait. »
Et Jean Guitton commente: « Les passages que Jésus a cités, ne s'agit-il pas, plutôt que de versets violés, d'une vie globale de l'histoire d'Israël conçue comme une suite de désastres et de remontées, de langueurs et de surgissements. »
Pendant sa vie cachée, dès qu'il se promenait sur les collines qui dominent la plaine d'Esdrelon, Jésus voyait monter dans sa mémoire toutes les victoires remportées pour la jonction des tribus du Nord et du Sud, par dessus le principal des champs de bataille de son pays; victoires remportées par la force de Dieu contre des ennemis plus nombreux, mieux armés et circulant avec des chars et des chevaux. Devait surgir dans son esprit le psaume 68,21: « Le Dieu que nous avons est un Dieu de délivrance, au Seigneur Dieu sont les issues de la mort. »
Relisez en particulier le livre des Juges, Deborah, Gédéon etc...
C'est dans la ligne de ces victoires guerrières que l'évangéliste Matthieu inaugure le récit de la vie publique de Jésus et de tout ce qui est prélude, au terme des transpositions et des spiritualisations de cette pédagogie divine qu'est la Bible, à la Résurrection du Christ comme victoire définitive, pour toute l'humanité, des aliénations fondamentales des péchés et de la mort.
Mt 3,5 (cf. Is 9,1) « Terre de Zabulon et terre de Nephtalie, route de la mer, pays de Transjordanie, Galilée des nations! Le peuple qui demeurait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui demeuraient dans la région sombre de la mort, une lumière s'est levée. »
Il est bon, quand on vit dans ce pays, de puiser la sève de nos croyances dans la géographie même de cette Terre Sainte pour un renforcement de notre identité chrétienne dans l'universalité du monde.
Il s'agit à Pâques de raviver cette foi en la Résurrection sans laquelle nous sommes les plus malheureux des hommes (Cf. 1Co 15,9). Frère Jacques Fontaine.